Pour savoir comment les proches de résidents en Ehpad voient les établissements

le cabinet de conseil GlobalAgingConsulting en a interrogé plus de 1.500. Bonne nouvelle, relève-t-il, « l’opinion des familles vis-à-vis de l’Ehpad de leur parent n’est pas aussi mauvaise que certains pourraient l’imaginer ». Mais, en parallèle, plus d’un sondé sur deux déclare « ne pas être en mesure » d’estimer la qualité des prestations délivrées…

La rentrée a mis les Ehpad sous le feu des projecteurs: après la mission parlementaire « flash »de la députée Monique Iborra (LREM, Haute-Garonne), l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) et cinq syndicats de salariés ont envoyé une missive à Emmanuel Macron sur la situation « explosive » du secteur de l’aide aux personnes âgées, juste avant la diffusion de l’émission « Pièces à conviction », qui a épinglé les pratiques de deux groupes commerciaux.
Dans ce contexte, le cabinet de conseil GlobalAgingConsulting (lire l’encadré) a souhaité sonder les familles des résidents sur leur vision des Ehpad, dans une enquête dont les résultats ont été diffusés le 31 octobre.
L’étude « Les Ehpad en France, opinions des familles » a été autofinancée « pour être indépendante de tout acteur de la ‘silver économie’ et des Ehpad », précise le cabinet de conseil en préambule.

Elle s’est déroulée en deux temps:
• La semaine du 16 octobre 2017, 1.514 personnes ayant un parent en Ehpad ont été interrogées par téléphone.
Les sondés ont été contactés dans la tranche d’âge 55-65 ans, étant susceptibles d’avoir un parent en Ehpad (la question leur a été posée), a précisé Frédéric Serrière, le directeur de GlobalAgingConsulting, à Gerontonews.
Pour une meilleure représentativité, d’autres filtres ont été utilisés suivant la méthode des quotas appliquée aux résidents et aux Ehpad (autrement dit, le statut de l’établissement, la dernière catégorie socioprofessionnelle avant la retraite, la région, le territoire urbain ou rural).
Autrement dit, il s’agissait de sélectionner des pourcentages de répondants en collant aux données de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) ou de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Par exemple, étant donné qu’il y a plus d’Ehpad publics que privés, il y a eu davantage de personnes interrogées ayant un proche en Ehpad public que privé commercial ou privé à but non lucratif.
Au total, 6.749 personnes de 55 à 65 ans ont été contactées. Certaines n’ont pas été prises en compte afin de respecter les quotas, et 17% d’entre elles ont refusé de répondre, craignant que leurs réponses soient transmises aux établissements concernés, relève Frédéric Serrière.

• Pour approfondir les réponses et éviter les « mauvaises interprétations », ces appels ont été suivis de deux « focus groups », l’un organisé à Lyon le 24 octobre, et l’autre à Nantes le 26 octobre. A chaque fois, 12 personnes ayant un proche en Ehpad ont participé, soit 24 personnes.
« Plusieurs méthodologies étaient possibles. Il est nécessaire de lire les résultats avec en mémoire les limites de la méthodologie utilisée », prévient le cabinet de conseil.
En effet, selon la CNSA, 52% des places en hébergement pour personnes âgées dépendantes se trouvent dans des établissements publics, or dans l’enquête, 44% des 1.514 sondés ont répondu que leur parent était dans le secteur public. Leurs proches se répartissent ensuite dans le secteur privé à but non lucratif (29%, comme les chiffres de la CNSA) puis dans le secteur commercial (24%, contre 19% pour la CNSA).
Plus d’un proche sur deux juge son parent « bien » en Ehpad
Premier constat, à la question « êtes-vous en mesure de vérifier la qualité des services dispensés à votre parent ? », 57% des sondés répondent « non »… Sur proposition de la députée Monique Iborra, Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, a récemment fait part de sa volonté de porter à la connaissance du grand public le résultats des évaluations qualitatives des Ehpad. En attendant, la méconnaissance des prestations délivrées biaise quelque peu les réponses des familles.
Ainsi, concernant les Ehpad où sont accueillis leurs proches, les avis sont donc partagés: une majorité de répondants (45%) considère l’établissement en question comme « moyen ». Les opinions se répartissent ensuite à 15% chaque sur « bien » et « mauvais », suivies de « très bien » (7%) et de « très mauvais » (5%).
A la question « d’après vous, comment vit votre parent dans cet établissement », 55% des sondés répondent « bien » ou « très bien ».

A signaler tout de même, la génération actuelle en Ehpad qui « ne se plaint pas », ce qui va certainement changer, estime le directeur du cabinet de conseil.
Quand les familles jugent que leur proche n’est pas « bien », elles considèrent que les prestations de l’Ehpad ne sont pas de bonne qualité ou bien que, dans tous les cas, « on ne peut pas être bien en Ehpad », précise Frédéric Serrière.
De même, selon leurs observations, les familles ont un avis plutôt favorable sur « le sentiment de sécurité », « le suivi médical » et « la chambre » de leur proche. « L’attention des équipes » ressort aussi assez bien.
Selon les répondants, de larges progrès restent à faire sur « la restauration » (jugée « mauvaise » à une grande majorité), mais aussi « l’animation et les activités » (largement vues comme « moyennes »). Les avis sont mitigés sur « le cadre de vie, les espaces collectifs ». Enfin, de nombreux sondés peinent à donner un avis sur le « respect des désirs et des préférences », ainsi que « l’aide aux gestes de la vie quotidienne ».
Sur le personnel, 77% estiment que leur nombre n’est « pas suffisant ». Principalement pour cette raison, commente Frédéric Serrière, l’opinion des familles sur ce personnel est « bonne » ou « très bonne » (à 65%). « Elles estiment qu’il s’agit d’un sacerdoce », analyse le directeur de GlobalAgingConsulting.
Le résident a décidé d’entrer en Ehpad dans un quart des cas
Les proches des résidents ont également répondu à des questions laissant davantage de place à l’objectivité:
Concernant l’entrée en Ehpad, la décision a été prise par la famille uniquement dans près de la moitié des cas (41%), et par la personne âgée seulement dans un quart des cas (25%). La décision « conjointe » est citée par 29% des sondés.
Les principales raisons citées à l’entrée en établissement sont, à près de 80%, « la dégradation de la santé du parent ne permettant plus le maintien à domicile », « l’incapacité d’être présent autant que nécessaire auprès de mon parent » (70%) et « la garantie d’un meilleur accès aux soins » (50%).
Dans 77% des cas, la décision est passée « difficilement » ou « très difficilement ».
Pour près d’un proche sur deux (45%), l’Ehpad a été choisi en priorité par sa « proximité avec le lieu d’habitation du parent », puis viennent « l’accessibilité du tarif » et « le seul avec une disponibilité » (35% chaque), la « recommandation » et « la visite de plusieurs Ehpad » (30%) et enfin « la réputation » (un peu moins du quart des réponses).
La famille participe au financement de l’Ehpad dans 15% des cas
Concernant le financement, 48% des sondés ont donné des tarifs (hébergement et dépendance confondus) entre 1.900 et 2.200 euros par mois. Pour 30%, les tarifs se situent au-dessus et pour 22%, en dessous.
Plus de 40% des répondants déclarent « ne pas aider » à ce financement mais presque autant précisent qu’une participation de leur part est prévue « plus tard ». Frédéric Serrière explique cette tendance par la durée moyenne de séjour en Ehpad, de deux ans environ. « Dans ces 24 mois, on ‘grignote’ les pensions de retraite et les économies du résident », avant de passer à un financement potentiel par la famille si le séjour devait durer.
Dans le détail, le séjour est donc financé en grande majorité par la pension de retraite du parent (85%) et ses économies (50%). « La vente d’un bien », comme une maison, est citée par 20% des sondés, ainsi que « une aide publique ». La famille participe dans 15% des cas.
Interrogés sur le prix de l’Ehpad, les familles répondent qu’il est « trop élevé » à 55%, « justifié » à 31% et 12% l’estiment « peu élevé ».
Enfin, voici de quoi nuancer l’impact des récentes couvertures médiatiques des Ehpad. A la question « que pensez-vous des reportages montrant des cas de mauvais traitements des résidents? », la majorité des sondés répondent qu’ils montrent « des situations inacceptables » (85%) mais surtout qu’ils « révèlent la réalité d’une minorité d’Ehpad » (à 60%). Toutefois, 20% des sondés estiment qu’ils montrent « la réalité des Ehpad ».