Lettre ouverte à Brigitte BOURGUIGNON, Ministre des Solidarités

Rennes le 3 février 2022

Lettre ouverte à Brigitte BOURGUIGNON
Ministre des Solidarités

 

Madame la Ministre,

Si nous saluons votre colère, qui s’impose en la circonstance, face au scandale ORPEA,
l’interview que vous avez accordé à BFMTV le 2 février au matin suscite de notre part quelques réactions et interrogations.

Concernant le cinquième risque :

Vous laissez entendre que le cinquième risque, acté dans la loi vieillissement, finance les aides apportées aux EHPAD alors même que ce cinquième risque n’est pas créé, mais simplement abordé par une ordonnance en date du 1.12.2021 qui parachève sur le plan juridique les bases de la création de cette cinquième branche de la sécurité sociale. Nous vous demandons d’apporter toute la clarté nécessaire sur ce sujet car les citoyens n’y comprennent plus rien.

Concernant les financements pour l’amélioration de l’architecture intérieure des EHPAD :

Ces établissements doivent être repensés dans leur intégralité y compris au niveau de leur appellation, leur permettant d’accueillir les personnes âgées en perte d’autonomie, ce qui nécessite des plateaux techniques et des soignants en nombre suffisant, tout en préservant l’accompagnement social indispensable à la personne âgée.

Si, comme vous le souhaitez, un effort tout particulier doit être apporté pour l’accompagnement au domicile respectant ainsi le choix du citoyen, certains d’entre eux, malheureusement atteints de pathologie lourde, se trouveront dans l’obligation de rejoindre ces nouveaux établissements repensés, faute d’accompagnement technique ne pouvant être prodigué à leur domicile.

Concernant les salaires des professionnels en EHPAD

Vous évoquez ce point important, précisant qu’une enveloppe budgétaire a pris en compte ces attentes. Les personnels des EHPAD sont encore nombreux à attendre la revalorisation de leur métier par le salaire ce qui a pour conséquence, comme vous le soulignez, le constat que des professionnels se dirigent vers d’autres métiers. Ils sont désabusés de ne pouvoir pratiquer sur le terrain les bonnes pratiques acquises
pendant leur formation, par manque de financements apportés à leur établissement, c’est aussi valable pour les hôpitaux publics en grand danger.

Le fossé entre les moyens à apporter face à une gestion essentiellement budgétaire, incompatible avec la dignité, le respect, dus aux citoyens pour le maintien de leur autonomie restante, doit être urgemment comblé : c’est une priorité non discutable.

Concernant le coût des EHPAD publics et associatifs, c’est l’omerta.

Si le coût de l’hébergement concernant les EHPAD à but lucratif (cotés en bourse) est révoltant, il l’est aussi pour les EHPAD publics et associatifs à but non lucratif : 2.300 euros en moyenne nationale face à des retraites bien inférieures pour un grand nombre de citoyens. Aujourd’hui on rejoint un établissement par obligation : AVC, sclérose en plaques, Parkinson, Alzheimer, maladies cardiaques, malvoyance, etc … et non pas par choix comme si nous recherchions un bon hôtel pour nous accueillir.

De plus, malgré un coût mensuel très élevé en inadéquation avec la raison pour laquelle on arrive en EHPAD, ces établissements ne sont pas en capacité de répondre à l’ensemble des besoins du résident par manque de financement alloué par l’État et les Conseils Départementaux.
Le résident supporte en moyenne 60 % du budget de fonctionnement de son établissement et dans ce tarif nous dénonçons depuis de longues années un grand nombre de charges indues qui ne devraient pas s’y trouver (amortissement de constructions et travaux, charges d’emprunts, etc …).

Concernant les familles

Elles doivent avoir un droit de regard sur l’accompagnement de leur parent et pouvoir sans crainte s’exprimer, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Ce n’est pas le Conseil de Vie Sociale, tel qu’il est construit actuellement qui peut le permettre, car de nombreux résidents et familles n’osent pas toujours s’exprimer. Si c’était le cas, nous aurions évité un grand nombre de maltraitances dans ces établissements marchands qui font aujourd’hui « la une ». Et cela aurait sans doute déclenché des inspections non annoncées et en nombre suffisant.

Une question qui appelle une réponse claire de votre part : souhaitez-vous, comme certains candidats à la Présidence de la République, dissocier l’accompagnement des riches et celui des français moyens et des pauvres ? Il nous semble important de poursuivre à ce niveau cette formidable solidarité universelle qu’est la sécurité sociale. Seule un cinquième risque, reposant sur une cinquième branche de la sécurité sociale sera en capacité de rétablir l’ensemble des injustices faites aujourd’hui, non seulement aux personnes âgées mais à tout citoyen victime de perte d’autonomie.

Enfin, nous attendons impatiemment la présence des personnes âgées et de leurs représentants sur les plateaux télévisés à des heures de grande écoute, afin qu’elles interrogent les candidats à la Présidence de leur République sur les actions qu’ils souhaitent prendre en urgence afin qu’une personne âgée demeure un citoyen à part entière jusqu’à son dernier souffle. Nous espérons que le Président MACRON saura nous placer au cœur des débats pour faire entendre nos voix et donner toute sa puissance à notre démocratie participative.

Nous vous prions de croire à notre bonne volonté pour continuer à réformer notre système de santé.
Restant à votre disposition, nous vous assurons, Madame la Ministre, de notre haute considération.

Joëlle LE GALL, Présidente,

Henri HENAFF, Vice-Président

Florence COUDRAIS, Vice-Présidente

 

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