Lettre de Florence CARLES-COUDRAIS à la directrice de l’EHPAD du Faouet.

Florence CARLES-COUDRAIS est présidente de l’association BVE56. Elle est aussi présidente du Conseil de Vie Sociale à l’EHPAD du Faouet (56).

Nous publions ici son intervention à l’occasion de la réunion du CVS du 6 avril 2021.

 Je veux remercier, au nom des familles et en mon nom, les personnels soignants, les animatrices (Stéphanie et Sandrine) qui malheureusement ne peuvent plus faire d’animations, le cadre de santé et tout le personnel sur le terrain (Secrétariat, cuisiniers…), pour leur dévouement près des résidents et des familles dans cette période difficile qui se prolonge .

Pendant ces derniers mois, j’ai reçu beaucoup d’appels téléphoniques de familles désespérées de ne pas pouvoir visiter leurs proches. Et c’était parfois bien long pour obtenir un rendez-vous.

Ce sont dans des moments difficiles et inédits que l’on s’aperçoit de la dure réalité de l’Ehpad.

Les résidents, les familles les soignants se sont sentis bien délaissés par le manque de communication avec la Direction, j’ai l’impression de me répéter mais depuis la fusion tout paraît compliqué, manque de flexibilité, de transversalité, « une usine à gaz ». Je sais qu’il y a une pression budgétaire qui débouche sur la maltraitance institutionnelle et sur le terrain tout doit fonctionner à flux tendu, priorité à l’efficience.

Nous avons une grande chance pour nos résidents que les personnels soient dévoués avec un esprit d’équipe et de bonnes compétences, mais parfois cela tient du miracle. Mais pour combien de temps encore les équipes vont elles tenir ? Le découragement, et le moral sont bien attaqués.

Les soignants souffrent et les résidents sont négligés du manque de personnel et du rythme de travail qui en découle ; il faut aller vite ! Pansements, douches, collyre, médicaments… pas de temps pour l’échange pour la relation. Et pas de visite, pas d’animation !

Aussi je compte sur vous Madame la Directrice pour faire remonter mes doléances et celles des familles et des résidents afin que la situation puisse s’améliorer.

Avec mon Association « Bien vieillir ensemble 56 », nous dénonçons cette injustice pour nos ainés au côté des personnels soignants et des responsables d’Établissements.

La situation désastreuse des EHPAD où les soignants sont devenus des robots dans une industrie des soins aux personnes Agées, avec des dotations en baisse et des augmentations régulières des tarifs pour les résidents et leurs familles.

Aussi il Faut que nous soyons mobilisés  dans chaque Ehpad (personnels soignants ,cadres ,décideurs, résidents, familles) pour faire entendre nos revendications aux politiques.

Florence Carles- Coudrais, Présidente du CVS

BVE.bzh soutient l’initiative de la FNADEPA

Face aux tensions majeures auxquelles le secteur du grand âge est confronté, la FNADEPA alerte l’ensemble des décideurs publics et appelle à une réforme majeure et urgente du Grand âge. Elle porte 25 propositions, nourries par ses adhérents, afin de « réformer durablement l’accompagnement des personnes âgées » à travers trois objectifs :

I – Soutenir les professionnels du Grand âge : UNE URGENCE SOCIALE

II – Optimiser le parcours de vie des personnes âgées : UN IMPÉRATIF ÉTHIQUE

II – Stabiliser la gouvernance et les financements des territoires : DES MOYENS ESSENTIELS

Notre fédération BVE.bzh souhaite relayer ces propositions et soutient cette démarche proactive.

Retrouvez ici l’intégralité du document « 25 PROPOSITIONS pour réformer durablement l’accompagnement des personnes âgées ! »

Lettre ouverte au président de la république

Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,
Depuis plus de vingt ans de nombreuses associations ont alerté sur les lacunes relatives à
l’accompagnement des personnes âgées en situation de perte d’autonomie, qu’elles résident à
leur domicile ou en établissement. Cet accompagnement a toujours donné lieu, comme unique
réponse, à une gestion essentiellement budgétaire au détriment d’une gestion à caractère plus
humain et sociétal…

Retrouvez ici l’intégralité de la Lettre ouverte au Président de la République

Semaine de la Dénutrition

Semaine nationale de la dénutrition

La dénutrition : 670 000 Personnes âgées seraient concernées !

(400 000 à domicile et 270 000 en EHPAD )

Informer les personnes âgées, communiquer en organisant des conférences sur ce thème, échanger avec les professionnels du secteur, du domicile et des établissements : une priorité que BVE.bzh se donne et va poursuivre en 2021.
La dénutrition affecte 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile et 15 à 40 % de celles vivant en institution. Associée à deux phénomènes liés à la prise d’âge : la sarcopénie (perte de la masse musculaire) et l’immuno-sénescence (diminution des capacités de défense de l’organisme), la dénutrition entraîne une perte d’autonomie donc une augmentation de la dépendance. Cette dénutrition est rapidement irréversible et entraîne la personne dénutrie dans une spirale morbide dont l’issue est fatale. Or diagnostiquée précocement, il est aisé d’intervenir pour corriger une dégradation de l’état nutritionnel. En cette période où nous sommes face à une épidémie d’origine virale avec un risque accru de morbi-mortalité chez les personnes âgées, il semble judicieux de maintenir un état nutritionnel satisfaisant et un système immunitaire fonctionnel Force est de constater à travers ces chiffres que les personnes âgées sont particulièrement vulnérables. Il est important que le personnel et la famille qui les entourent soient informés sur les conséquences irréversibles d’une mauvaise nutrition mais qu’ils sachent également ce que représente une bonne nutrition.
Si les formations sont nécessaires, elles s’adossent impérativement à des précautions journalières : le choix et l’association des aliments, le bon dosage journalier… le temps consacré aux repas.
Au niveau des EHPAD et de l’hôpital : Proposer une nourriture locale équilibrée et adaptée à chaque résident(e), élaborée par une diététicienne-nutritionniste, mais surtout disposer d’un nombre suffisant de soignants pour que ce repas soit réellement ingéré et d’un temps suffisant pour que l’aide au repas soit un moment de plaisir.
A domicile, s’ajoutent à ces recommandations un contrôle journalier du réfrigérateur afin de vérifier les aliments périmés et inciter la personne à manger « du frais » avec l’aide des aidants professionnels et familiaux qui l’entourent.
Espérons que cette semaine de la dénutrition convaincra tous les acteurs concernés de l’importance de la lutte contre la malnutrition et qu’elle sensibilisera nos politiques afin que nous disposions tous des moyens permettant de nous maintenir en bonne santé le plus longtemps possible, ce qui contribuera à soulager les caisses de l’assurance maladie.

Courriel : legall.joelle@wanadoo.frwww.BVE.bzh (29 – 35 – 56) – contact 06 61 46 02 43

Le défenseur des droits au secours des résidents maltraités.

Saisi d’une réclamation d’une fille de résidente, relative aux conditions de prise en charge de sa mère au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), le défenseur des droits, a rendu un avis et des recommandations strictes.
Dans cet avis, Monsieur Jacques TOUBON livre une analyse très pédagogique des mécanismes de la maltraitance dans l’établissement concerné. La situation décrite ressemble à nombre de témoignages reçus à BVE ou à la FNAPAEF.

Nous vous recommandons la lecture de cette Décision du Défenseur des droits n° 2019-318

 

Les prisonniers oubliés [Lettre ouverte de la FNAPAEF à M. Jacques TOUBON]

Les prisonniers oubliés

L’attitude du personnel politique à l’égard des personnes âgées résidant en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) n’est plus supportable ! Après avoir géré la mise en place des moyens de protection des résidents et des personnels soignants
dans la pénurie, après avoir enfermé les résidents dans les établissements, après avoir mis les familles et les proches des résidents à la porte, après avoir, dans un communiqué de presse, donné un espoir fou à des milliers de résidents et de familles sur les possibilités de visites, le ministre de la santé (qui n’a toujours pas de secrétariat aux personnes âgées) a laissé élaborer à destination des EHPAD des recommandations inapplicables, voire contradictoires puisque laissées à l’appréciation des directions d’établissements, à la veille de la fête des mères. Et tout le monde s’est tu.
Silence autour des EHPAD !
Devant de telles incohérences, la FNAPAEF s’est adressée au Président de la République dans une lettre ouverte en demandant justice et égalité, que les visites des familles aux résidents qui étaient possibles dans le Val de Marne le soient tout pareillement dans tout le pays. Voir cette lettre en PJ. Bien entendu nous n’avons pas eu de réponse: les vieux, ça ne compte pas. Pas d’écho non plus des ministres et élus destinataires de cette lettre: les vieux ça ne compte pas (et ça vote à peine). D’ailleurs, même le directeur de la santé avait _ et a peut-être encore_ des difficultés pour compter le nombre de morts en EHPAD (passant sous silence qu’un certain nombre avait aussi terminé leur vie à l’hôpital). Les vieux, ça ne compte pas. On leur promet depuis longtemps une loi d’aide à l’autonomie; puis une loi Grand Age pour la fin de 2019. L’échéance est passée et la COVID a fait un grand nettoyage. Pour autant la pression démographique persiste. Alors on promet à nouveau qu’en 2024 (vieilles gens ne soyez pas pressées !) on trouvera des sous pour améliorer la situation actuelle. Vous connaissez la maxime : les promesses n’engagent que ceux …
Monsieur Toubon, nous savons que depuis longtemps vous êtes le défenseur de ceux qui dans nos maisons de retraite n’ont plus de droits ni de voix pour se faire entendre et la création du Comité d’entente « Avancée en âge » le montre encore. Devant l’interdiction qui leur était faite de rencontrer leurs parents ou amis dimanche dernier de nombreuses familles se sont manifestées auprès de nous en exprimant leur indignation, comme dans cet extrait :

« On continue à faire du mal, beaucoup de mal à nos ainés, c’est de la maltraitance pure et simple, c’est de la non-assistance à personnes en danger, alors que nombre de voix s’élèvent maintenant pour dire que les dégâts dus au confinement et à l’absence des familles vont sans doute être supérieurs aux dégâts occasionnés par le virus lui-même. Pourquoi autoriser les bénévoles à revenir dans les EHPAD, avec masques, et nous l’interdire à nous familles prêtes à mettre des masques aussi ? Où est le bon sens ? »

Nous vous prions instamment de bien vouloir intervenir « au bon niveau », car nous ne savons plus à qui nous adresser, pour transmettre cette indignation, pour que cesse la souffrance des résidents, familles et proches séparés et que les rencontres de ces êtres humains soient reconnues dans leur nécessité affective, dans le cadre évident des protections nécessaires. Vous portez l’espoir de milliers de résidents et de familles.
Soyez assuré monsieur le Défenseur des Droits de notre haute considération.

le 9 juin 2020,

Pour la FNAPAEF,
Lucien Legay, vice-président

Texte de Geneviève

Monsieur le Président de la République….

Texte de Geneviève CHOVRELAT, le 20 avril 2020

 

Le 13 mars, je vous écrivais, vous demandant de revoir les décisions relatives aux EHPAD.

Pour avoir fréquenté au quotidien un EHPAD pendant huit ans et d’autres de manière plus ponctuelle et pour avoir mené des entretiens systématiques avec toutes les catégories de personnels des EHPAD, des familles et des résidents afin d’écrire un livre de fiction, Un été en EHPAD Situation critique (2019), comme on allume un feu de détresse, j’ai vu que nous allions à la catastrophe sanitaire dans nombre de ces établissements.
Aujourd’hui, le chiffre des décès en EHPAD montre cruellement que mes craintes n’étaient pas infondées.

Le COVID 19 a eu un effet de loupe et a tristement remis les projecteurs sur ces établissements où sévit une crise ancienne que la canicule de 2003 avait déjà révélée. L’historien Christophe Capuano dans son ouvrage, Que faire de nos vieux ? Une histoire de la protection sociale en France depuis 1880, rappelle que la canicule de 2003 a été marquée par un taux de mortalité plus important en institutions. Je le cite : « 64% des personnes sont mortes en institutions, notamment en EHPAD, selon une enquête de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) menée à l’automne 2003, ce qui révèle un manque de personnels dans ces structures » . Aujourd’hui nous pouvons faire le même constat, ce sont les personnes en institution qui payent le plus lourd tribut !

Je suis présidente du Conseil de la Vie Sociale (CVS) de La Rosemontoise (90), établissement qui a été placé sous administration provisoire par l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne Franche-Comté et le Conseil départemental du Territoire de Belfort à la suite d’un nombre de décès important et qui ne cesse de croître. Le CVS est une instance consultative, que nous, élus des familles, espérions voir fonctionner dans le cadre d’un dialogue constructif avec la direction, ce qui fut le cas un temps.  Or, à la fin de décembre 2019, les personnels nous ont alertés pour nous informer de graves dysfonctionnements dans la gestion du personnel. Les élus des familles, pour des raisons de confidentialité, n’ont pas accès aux coordonnées des proches de chaque résident. Il nous a donc été fort difficile d’alerter les familles. Néanmoins, nous avons entrepris nombre de démarches afin d’être entendus, mais malheureusement toutes nos tentatives d’alerte n’ont été prises en compte que très tardivement.

La dégradation de la situation de La Rosemontoise est imputable non seulement aux problèmes internes évoqués plus haut, mais aussi à une situation nationale et à une politique publique qui ont amené une insuffisance chronique des moyens humains alloués aux EHPAD. Paradoxalement, les personnes accueillies ne cessent de voir leur facture grimper sans que les services soient rendus.  Après le scandale de 2003, vite oublié grâce à la question « du foulard », les professionnels du secteur ont espéré une amélioration. En vain ! Le manque de personnels dans les EHPAD est toujours aussi flagrant, aussi insupportable pour les intéressés et les résidents, victimes silencieuses sacrifiées sur l’autel des économies voire de la rentabilité. Cette indifférence au sort général des personnes très âgées révèle sans doute un rapport problématique et au grand âge et à la mort qu’on ne veut plus voir et face à laquelle le COVID 19 nous a ramenés, comme s’il y avait un retour du refoulé. Pourtant, ainsi que le dit  le père du ministre  dans le film de Tavernier, Quai d’Orsay : « Nous avons tous à l’intérieur de nous un  petit vieillard qui tricote ! »

Le grand malaise des EHPAD a été documenté par un Rapport d’information déposé à l’Assemblée nationale le 14 mars 2018 et dans lequel on lit : « Des sous-effectifs au regard des besoins médicaux des résidents engendrent à la fois une dégradation des conditions de travail et une « maltraitance institutionnelle ». Avez-vous lu ce rapport parlementaire ? Qui siégeait à l’Assemblée quand il en a été question ? Ils étaient bien peu nombreux, les députés ! Je devrais plutôt dire ELLES. Ce Rapport d’information est accablant tout comme l’Avis 128 du Comité Consultatif National d’Éthique de la même année.

Au premier trimestre 2019, cinq livres sont sortis, suite aux mouvements sociaux de 2017 et 2018 dans les EHPAD, leurs titres et sous-titres sont éloquents :

  • Mathilde BASSET, J’ai rendu mon uniforme, La vraie vie des EHPAD, soignants en burn out, seniors en souffrance,
  • Anne-Sophie Pelletier, EHPAD, une honte française,
  • Jean ARCELIN, Tu verras maman, tu seras bien,
  • Hella KHERIEF, Le Scandale des EHPAD, Une aide-soignante dénonce le traitement indigne des personnes âgées,
  • ROSALOU, Un Été en EHPAD Situation critique.

Ces auteur.e.s, dont je suis, des femmes majoritairement, disent unanimement la même chose : ça ne va pas du tout ; ça ne peut pas, ça ne doit pas continuer comme ça !

Certes le label « humanitude » (voir http://www.lelabelhumanitude.fr/presentation/), qui fait rêver tous les personnels qui seraient enchantés de l’appliquer s’il était applicable, a été développé, comme sans conscience que les critères pour l’obtenir sont chronophages et appellent, pour pouvoir être respectés, un personnel en nombre suffisant. Certains personnels de terrain (infirmières et AS) vivent comme une violence les formations « humanitude » alors qu’on ne recrute pas les personnels nécessaires. Si le nombre des soignants était suffisant, l’humanitude serait possible : les personnels n’auraient pas à presser en permanence les résidents.  La notion du temps est fondamentale : le vieillissement se traduit par un ralentissement et dans ces établissements où les gens sont très ralentis, les personnels, faute d’être en nombre suffisant, sont contraints de faire toujours plus vite. Le travail en EHPAD est comparable à une chaîne de production, mais là le matériau est humain et renouvelable sans problème. Les injonctions en direction des personnels sont contradictoires et expliquent le peu d’enthousiasme à embrasser la profession de soignant dans les EHPAD.

Les sociologues qui ont pris pour terrain d’étude les EHPAD ont noté, depuis de nombreuses années, un travail cadencé des aides-soignantes et une intensification de leurs tâches. L’article « De l’intensification du travail à l’insatisfaction du devoir accompli : souffrance des soignants et construction d’un discours sur la maltraitance des résidents en EHPAD » de Sébastien Haissat et Anne Quinville, explique bien la situation et se termine ainsi : « Il s’avère que « le phénomène de maltraitance en EHPAD » ne doit pas être uniquement considéré, comme il l’est trop souvent dans les enquêtes, à l’initiative de comportements déviants, isolés et dénués de toute « conscience professionnelle ».

Moi qui ai partagé ce travail de soignant, je sais qu’il faut du temps, beaucoup de temps.  Comment en cinq minutes, mettre debout une personne ralentie, handicapée peut-être, faire un transfert d’un fauteuil roulant à une chaise percée, l’aider à faire sa toilette et à s’habiller, comment prendre le temps d’une conversation stimulante ? Que chacun réfléchisse au temps qu’il met à faire sa toilette et chacun comprendra qu’il est impossible en cinq minutes, voire sept dans le meilleur des cas, d’envisager une toilette digne de ce nom et respectueuse. Les soins minutés relèvent des coulisses de l’exploit mais aussi de la déshumanisation pour la soignante et pour la personne aidée. Passer un peu plus de temps que prévu par les normes en vigueur avec un résident revient fatalement à priver un autre résident des quelques minutes qui lui sont réservées. Constat formulé par des soignants qui ont suivi la formation « Humanitude ». Et malheur aux résidents qui n’ont pas de proches présents ! Sont prioritaires les résidents dont les proches demandent des comptes. Les mycoses, les infections urinaires, les ongles noirs, les mains sales, le visage maculé, les yeux rouges, les escarres dues au manque d’hygiène n’ont malheureusement rien de virtuel et peuvent arracher des cris de douleur glaçants. Je le répète : le métier de soignant ne suscite pas beaucoup de vocations, tant le sentiment de faire de l’abattage induit un malaise qui tourne à ce que les travailleurs sociaux appellent une « souffrance éthique ».

C’est ce qu’ont vécu gravement au mois de mars 2020  tous les personnels de La Rosemontoise qui vont être traumatisés pour longtemps. À la fin d’Un été en EHPAD, je remercie toutes les personnes côtoyées sur le terrain, je parle de ces « héroïnes discrètes du quotidien ».  Je précise : « Leur salaire est inversement proportionnel à l’utilité de leur travail ». En fin de semaine dernière, la direction de cet établissement n’a pas offert de douceurs en chocolat à ces femmes courageuses ni parlé de prime,  mais les a menacées de sanctions si elles témoignaient en externe.  Au regard de ce que tous les personnels des EHPAD ont vécu, ce n’est pas une prime facultative qu’il faut leur verser, mais une prime obligatoire et tout de suite et, ce qu’il faut surtout, c’est revaloriser sans tarder les salaires. Vous l’avez dit dans votre dernier discours : des actes, maintenant, Monsieur le Président, s’il vous plaît, pour ces femmes et ces hommes qui ont enduré l’horreur ! Ce serait bien de ne pas oublier celles qui ont frotté et désinfecté, les agentes de service logistique (ASL) et les agentes de service hospitalier (ASH) : très souvent elles débordent largement le cadre de leur fonction en aidant aux repas voire davantage… C’est illégal, mais il ne faut surtout pas le dire …

Les EHPAD, même les pires, sont évalués par des organismes privés et payés par … les EHPAD eux-mêmes.  Serais-je en train de plaisanter ? Non!! Ce n’est pas une mauvaise blague : l’évaluateur est payé par l’évalué… Cela prêterait à rire si la situation n’avait pas mené à la catastrophe. Cet argent dépensé pour une évaluation qui laisse perplexe ne mériterait-il pas d’être affecté aux besoins des résidents ? par exemple au prix jour-repas car, pour la gastronomie, il vaut mieux déjeuner et dîner ailleurs qu’en EHPAD : la qualité des repas est en effet un sujet récurrent de plaintes des résidents lors des CVS.

Autre grande question qu’il faudra bien aborder : la course au profit. Peut-être serait-il acceptable que certains privés fassent quelques profits grâce aux EHPAD si, au moins, d’une part ils ne bénéficiaient pas de l’argent public et si d’autre part ils répondaient aux exigences minimales.  Ne pas recruter des personnels en nombre suffisant, optimiser le rapport qualité prix des protections, contingenter ces protections ? C’est la pratique, et à lire tou.te.s les auteur.e.s cité.e.s précédemment, vous comprendrez que l’hygiène élémentaire n’est pas respectée. Comme l’explique fort bien Jean Arcelin, on préfère parler de connexion wifi et d’art-thérapie plutôt que d’hygiène élémentaire. Pourquoi croyez-vous que certaines familles embauchent une personne qui vient à l’EHPAD chaque jour pour faire une toilette digne de ce nom à leur proche, et cela dans des établissements dont le coût de séjour est prohibitif ? Les protections EHPAD n’ayant souvent de protection que le nom, et n’étant pas changées à temps, il arrive que certains proches les achètent. Tirer sur le budget alimentaire et offrir aux résidents des menus qui laissent à désirer, rares fruits frais , légumes frais basiques, poissons bas de gamme, viandes industrielles, plats industriels, comme des crêpes à la béchamel congelées, potages très fluides, seuls fromages industriels, est-ce acceptable ?… Les résidents perdent le goût de manger tous ces produits insipides et peu nourrissants…

La catastrophe sanitaire que connaissent les EHPAD ne plaide pas en faveur d’un système fondé sur la rentabilité. Est-il moral de faire de l’argent sur la dépendance ? Comment nous regarderont les Terriens de 3020 ? Comme des êtres frustes, à peine sortis des cavernes, qui ont laissé mourir faute d’hygiène et de soins les vieux qui ne rapportaient plus rien et qu’il fallait « prendre en charge » ? Les mots mêmes que nous utilisons officiellement, « prise en charge », « hébergement » ne manqueront pas de les étonner et ils verront en nous une humanité balbutiante.
Salutations citoyennes.

Geneviève Chovrelat-Péchoux

Nous n’oublierons pas…

Communiqué de presse du 26 mars 2020 :

Nous n’oublierons pas – il y aura des comptes à rendre… 
Nous n’oublierons pas les efforts surhumains faits par le personnel soignant en EHPAD face à une situation tragique qui s’accentue de jour en jour. L’heure est à la mobilisation et au rassemblement comme l’annonce le Président Macron – oui certainement. Mais si nous faisons face, dans la division, dans une période aussi terrible ça veut bien dire que le malaise et la souffrance des professionnels de santé que ce soit à l’hôpital, en EHPAD ou à domicile n’ont jamais été entendus.
La gestion essentiellement budgétaire, que nous subissons depuis des années nous amène aujourd’hui à ce constat dramatique révélé chaque jour par les médias.
Et pourtant, nous n’avons eu de cesse d’alerter par nos communiqués successifs, des appels au secours non entendus, pire nous étions souvent considérés comme excessifs et dérangeants.
En 2003, la canicule a provoqué un choc sociétal, suivi de nombreux plans, de lois, chaque gouvernement voulant prouver qu’il était à la hauteur de la situation et en capacité de faire mieux que ses prédécesseurs.
La souffrance des personnes âgées, la souffrance des soignants, des responsables d’établissements, la souffrance du milieu hospitalier, s’est heurtée à l’autisme de nos responsables politiques, des énarques, de ceux qui nous gouvernent et réfléchissent mieux que ceux qui sont sur le terrain. On voit le résultat. Où sont les masques, les blouses, les respirateurs, les tests et tous les accessoires indispensables servant à protéger la population ? Certains pays européens sont plus efficaces.
Seul le plan solidarité grand âge, le 27 juin 2006, osait parler de ratios de personnels dans les EHPAD afin de mieux accompagner nos aînés en renforçant les équipes. Qu’en est-il aujourd’hui ?
650 000 personnes en EHPAD, nous risquons d’assister à une hécatombe silencieuse. Si les EHPAD ne sont pas reliés au système hospitalier pour l’évaluation de la mortalité, les Agences Régionales de Santé ont pour mission de recenser les décès y compris dans les EHPAD. Volonté d’omerta du Ministère de la santé ou inadaptation des procédures ? Dans tous les cas nous réclamons une parfaite transparence.
La résilience n’empêchera pas les morts. Il y aura en fin de crise des comptes à rendre et nous serons plus que jamais présents et rassemblés.

Joëlle LE GALL et Henri HENAFF,

Présidente et vice-Président de BVE.bzh

Lettre au Président de la République

Monsieur le Président de la République Française,

L’Association Bien Vieillir Ensemble en Bretagne dont le siège social est à Quimper se permet à l’occasion de votre venue dans cette ville, de vous faire part des revendications que ses adhérents et la Fnapef dont elle adhérente fondatrice, portent pour la défense d’une prise en compte digne et respectueuse du vieillissement dans notre pays.

Instauration d’une 5ème branche de la sécurité sociale répondant aux besoins importants et à croître des personnes en perte d’autonomie, sans discrimination liée à l’âge du citoyen concerné.

Instauration d’un forfait de participation de la personne hébergée en Ehpad aux frais de fonctionnement à un niveau décent.Le niveau du reste à charge pour les résidents et leurs familles constitue aujourd’hui une ponction quasi scandaleuse sur leurs revenus et leurs patrimoine. On ne choisit pas d’entrer en Ehpad.

Redéfinition de la place du médical dans l’accompagnement des personnes dites « dépendantes » en Ehpad et promotion d’un accompagnement fondé sur le relationnel par des salariés formés et motivés à cet exercice professionnel qui ne s’improvise pas (cf les AMP, les Educateurs Spécialisés dans le champ du handicap dont pourraient s’inspirer les acteurs de l’hébergement des personnes en perte d’autonomie)

Amélioration d’envergure de l’aide au soutien à domicile des acteurs œuvrant dans ce champ social et des utilisateurs de ces services (financement bien sûr mais aussi généralisation des lieux d’hébergement temporaire et d’accueil de jour, des résidences autonomie)

Amélioration de l’image de la vieillesse « dégradée » dans notre société en abolissant le diktat inhumaniste du « jeune, beau et en bonne santé » véhiculé par les média et en promouvant l’histoire personnelle et collective des citoyens.